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La boiterie est la hantise de tous les propriétaires et cavaliers de chevaux de sport. Elle survient quand on ne sy attend pas et est très souvent difficile à expliquer. Une approche précoce et raisonnée permet de poser le bon diagnostic, de réaliser le traitement le plus adapté au cas et dévaluer le pronostic sportif de notre athlète : le cheval. Nous allons dans ce numéro et dans les suivants passer en revue lexamen complet dun cheval boiteux. Nous espérons ainsi, éclaircir la démarche suivie par le vétérinaire lorsquil examine votre cheval. Plan
1. Définition : La boiterie est le signe dun désordre fonctionnel ou structurel sur un ou plusieurs membres qui se manifeste pendant le déplacement ou au repos, appelée aussi claudication. Cette boiterie peut-être la conséquence dun trauma, dorigine congénitale ou encore acquise suite à une anomalie, une infection, un désordre métabolique, nerveux ou vasculaire. Les boiteries peuvent être classées de la manière suivante : Boiterie dappuis : le cheval ressent la douleur lorsque son poids est supporté par le membre affecté. Pendant la phase dappui, trois actions ont lieu successivement : lamortissement, le support et la propulsion. Il est intéressant de faire la différence entre une boiterie de début dappui et une boiterie de fin dappui. Boiterie de mouvement : la boiterie est la conséquence dune douleur lorsque le membre bouge. On parle de phase pendulaire lorsque le sabot ne touche pas le sol. Boiterie mixte : combinaison des deux premières. Boiterie complémentaire : la douleur au niveau dun membre va provoquer une surcharge du membre opposé sain, et occasionner une boiterie sur ce membre. Le diagnostic requiert de la part de lexaminateur une connaissance approfondie de lanatomie et de la physiologie du membre en mouvement . Lorsque un cheval boiteux est présenté en consultation, le vétérinaire doit répondre à trois questions essentielles pour poser un diagnostic précis : - Quels sont le ou les membres atteints ? - Au niveau de quelle région du membre se situe le problème ? - Quelle est la nature de la lésion ? Pour cela différents moyens sont mis à sa disposition, nous allons les passer en revue.
2. Anamnèse Il est très important pour le vétérinaire de poser les bonnes questions, mais surtout den recevoir les bonnes réponses. Lhistorique du cas depuis lapparition du problème, voire même avant celle-ci , peut donner des indications très précieuses pour la bonne progression des opérations.
Lâge du cheval ? Certaines pathologies sont plus souvent rencontrées chez le jeune et dautres plutôt chez le cheval adulte. Lenvironnement, le type de discipline et lintensité de lentraînement ? On ne rencontre pas les mêmes problèmes chez un poney " tondeuse à gazon " que chez un poney ou un cheval de sport bien préparés. Depuis combien de temps le cheval est-il boiteux ? Si le phénomène dure depuis un mois ou plus, nous sommes en face dun problème chronique. Dans ce cas, le pronostic sassombrit fortement. Est-ce apparu brutalement ou insidieusement ? La boiterie dapparition brutale sera le plus souvent la conséquence dun traumatisme (clou de rue, coup, chute, glissade), dun claquage tendineux ou musculaire ou encore dune myopathie induite par un exercice violent. Les boiteries insidieuses sont moins évidentes à diagnostiquer et demande une grande attention de tous les éléments de lexamen. Boite-t-il plus fort à chaud ou à froid ? Une boiterie plus marquée en début dexercice correspond en règle générale à un problème chronique tandis que quand la boiterie sintensifie avec le travail le phénomène serait plutôt aigu. A quand remonte la dernière ferrure ? Un clou peut être mal positionné et irriter la partie charnue comprise entre la corne et la troisième phalange, le pied peut être paré trop court ou encore le cheval peut avoir été brûlé lors dun ferrage à chaud. A-t-il reçu un traitement et comment y a-t-il répondu ? Il est indispensable dêtre informé de ce qui a déjà été tenté sur lanimal. Le vétérinaire pourra ainsi éviter le double emploi et progresser plus rapidement. Le cheval sest-il amélioré suite à l administration danti-inflammatoires, une période de repos, une infiltration, limmobilisation du membre ? Il est à noter que certains médicaments administrés de façon répétitive peuvent provoquer des pathologies, par exemple, ladministration de corticoïdes trop fréquemment prédispose à la fourbure et à dautres problèmes. Si une infiltration a été réalisée dans de mauvaise condition elle peut conduire à une arthrite septique et aggraver létat du cheval et le pronostic.
3. Procédure dexamen 3.1. Observation Lobservation du cheval présenté pour boiterie est très importante pour répondre à la première question : " quels sont le ou les membres atteints ? ". Il faut commencer par visualiser lensemble de lanimal au repos et ensuite en mouvement. 3.I.1 Au repos Cet examen se déroule à distance et dans toutes les directions. On notera létat général, la conformation, les plaies éventuelles, lattitude, les aplombs des membres ( panard, cagneux, campé, sous lui, ), les gonflements anormaux, les mollettes, les vessigons et les asymétries musculaires. Par exemple, un cheval qui se tient avec les deux membres antérieurs portés vers lavant (campé du devant) correspond à lattitude typique du cheval fourbu. Si le cheval se tient avec le carpe (genou) fléchit et le pied soulevé du sol, les régions du carpe, du boulet et le pied doivent être examinées attentivement à la recherche dun abcès, dune fracture, dune lésion tendineuse ou dautres affections très douloureuses. On portera notamment un regard attentif sur létat de la ferrure. Un cheval peut boiter simplement parce que le fer est mal ajusté. En règle générale, le cheval tente de soulager le membre douloureux en reportant plus de poids sur le membre opposé sain. En position normale le cheval répartit son poids de manière équitable entre les deux antérieurs, on parle de station passive car celui ci ne doit pas faire deffort pour soutenir son poids sur les membres antérieurs. Par contre, la station au niveau des membres postérieurs est active. Pour cette raison les chevaux au repos sappuie sur les postérieurs gauche et droit alternativement. Il est très intéressant de toujours comparer un membre à son opposé et den distinguer les différences. 3.1.2. En mouvement. On observe le cheval au pas et au trot. Un bon examen implique de regarder le cheval de face, de profil et de derrière. En général, les boiteries des membres antérieurs sont mieux remarquées de face et de profil et celles des membres postérieurs le sont de derrière et de profil. Lexaminateur sera attentif au balancement de la tête, aux défauts dallure, aux altérations de la hauteur de larc de suspension du pied, aux angles de flexion des articulations, au placement des pieds et aux asymétries au niveau des hanches. Il fera la distinction entre une boiterie dappui ou de fin dappui et entre une boiterie de support ou de mouvement. Pour que lexaminateur se trouve dans les meilleures conditions, il est indispensable que le cheval soit bien conduit en main. La tête doit se trouver dans lalignement du corps et doit rester le plus libre possible. Il est très difficile de visualiser une boiterie sur un cheval qui balance la tête dun côté à lautre. Si le cavalier tient trop fermement la tête du cheval, une boiterie subtile ne pourra être observée. Lévaluation dune boiterie est plus aisée sur une surface dure que sur une surface souple. Un terrain dur fournit plus de concussion et permet dentendre les différents sons produits par les sabots. Le bruit sera plus important quand le membre sain pose par terre car le cheval appuie un plus grand poids et sera moins audible quand le membre affecté touche le sol. Sur un sol dur on peut plus facilement apprécier les phases de poser du pied. Lors dune boiterie dun membre antérieur la tête est penchée vers le bas lorsque le membre sain entre en contact avec le sol et la tête donne un coup vers le haut au moment où le pied boiteux sappuie sur le sol. Les boiteries sont plus facilement visible au trot car il ny a que deux membres qui supportent le poids à chaque foulée. Il faut être prudent de ne pas confondre une boiterie postérieure gauche avec une boiterie antérieure gauche ou une boiterie postérieure droite avec une boiterie antérieure droite. En fait, si un membre postérieur est boiteux au trot par exemple le postérieur gauche, le cheval va porter plus de poids sur le membre antérieur opposé (droit) ; ce qui donne limpression quil essaye de soulager lantérieur gauche. Les boiteries des membres postérieurs sont plus difficilement visualisées. Un il averti est souvent nécessaire dans les cas les plus subtils. Des mouvements anormaux de la tête et de lencolure sont observés lors de boiteries modérées et sévères des membres postérieurs. Tandis que les boiteries légères ne sont pas accompagnées de mouvement de la tête. Lorsque le membre postérieur sain entre en contact avec le sol, la tête et lencolure donnent un coup vers le haut. Inversement, lorsque le membre postérieur affecté appuie sur le sol le cheval baisse la tête et lencolure. Cette réaction permet au cheval de déplacer le poids supporté par le membre postérieur affecté sur lantérieur de la diagonale correspondante. En regardant le cheval par derrière, on peut évaluer la symétrie et létendue des mouvements exécutés par la cuisse. La plupart des chevaux essaient de se soustraire de la douleur du membres affecté le plus rapidement possible. Ils raccourcissent ainsi la contraction des muscles de la cuisse ce qui diminue létendue et lélévation de la cuisse. On peut différencier trois situations :
Nous avons répondu à la première question : " Quels sont le ou les membres boiteux ? ". Il faut maintenant localiser la région du membre qui est atteinte. A suivre. Plan
Dans le numéro précédent nous avons envisagé la détection du ou des membres affectés lorsque un cheval présente une boiterie. Il nous faut à présent localiser le plus précisément possible la structure qui occasionne la douleur chez le cheval. Pour se faire plusieurs moyens sont mis à la disposition du vétérinaire. Même si la technologie en matière de médecine vétérinaire est de plus en plus performante, lobservation et les manipulations par votre vétérinaire restent un outil fondamental à la progression de lexamen. 3.2. La palpation et la manipulation. Lobservation du cheval au repos et en mouvement donne déjà une bonne information à lexaminateur. Celui-ci peut alors orienter la suite des examens sur le membre ou la région suspecte. La palpation commence au bas du membre et concerne lentièreté de celui-ci. 80 % des boiteries chez le cheval sont dues à des affections situées sous le carpe et sous le jarret ceux-ci étant inclus. Le pied. La taille, la forme et la symétrie du sabot du membre boiteux sont comparées avec le sabot opposé. Il faut être attentif à la présence de seimes, danneaux en surface de la muraille, dun pied encastelé et à toutes déformations. On sassurera de la bonne santé de la muraille, de la sole, de la fourchette et de la couronne. Ensuite, le vétérinaire effectue la palpation du pied au moyen dune sonde de pied. Cette technique permet de détecter une sensibilité exagérée de la boite cornée. Il parcourt le sabot de manière systématique, en appliquant premièrement une pression de faible intensité et ensuite une plus forte pression. Par exemple, lors dun abcès de pied, dune fracture de la troisième phalange, de fourbure le cheval réagit à une pression localisée de la sole ; dans certains cas de maladies naviculaires le cheval présente une réaction lorsque la région de la fourchette est comprimée entre les mors de la pince. Le bord coronaire est minutieusement palpé en vue de la détection dun gonflement, dune douleur ou dune fistule (communication vers lextérieur dun abcès ou autres poches de liquide). Un gonflement douloureux de la portion antérieure de la couronne peut-être mis en relation avec une fracture du processus extensorius de la troisième phalange (site dinsertion de lextenseur dorsal des phalanges). Le pouls digité est palpé à la face interne du canon aux membres antérieurs et à la face externe aux membres postérieurs, il est un indicateur non négligeable dun problème inflammatoire au niveau du pied . Le paturon. Le paturon est constitué par larticulation entre la première et la deuxième phalange ainsi que des tissus mous qui lentourent. Les structures importantes à investiguer sont larticulation, les tendons fléchisseurs à la face postérieure, le tendon de lextenseur dorsal sur la face antérieure, les ligaments collatéraux et les ligaments sésamoïdiens distaux. Ces derniers sinsèrent sur les grands sésamoïdes (os qui interviennent dans larticulation du boulet) et sur la face postérieure de la première phalange. Le vétérinaire sera attentif à tout gonflement de la région, il palpera et manipulera toutes les structures et pourra ainsi détecter une douleur ou un crépitement. Le boulet. Larticulation du boulet est constituée par lextrémité proximale de la première phalange, les deux grands sésamoïdes et lextrémité distale du métacarpien principal aux antérieurs ou du métatarsien principal aux postérieurs. A la face postérieure du boulet se trouve une gaine tendineuse très importante : la gaine grande sésamoïdienne. Elle loge les deux tendons fléchisseurs des phalanges lors de leur passage derrière le boulet. On distingue un tendon fléchisseur profond appelé perforant et un tendon fléchisseur superficiel que lon nomme perforé. Ils sont insérés sur les phalanges et parcourent toutes la région postérieure du canon pour ensuite rejoindre leur muscle correspondant à la face postérieure de lavant-bras. Le boulet doit être minutieusement palpé pour rechercher : des gonflements des tissus mous périarticulaires, des ostéophytes (remaniements osseux), des molettes articulaires et tendineuses. Les molettes correspondent à une distension des capsules articulaires et des gaines tendineuses au niveau des boulets suite à une hyper production de liquide synovial par les franches synoviales qui tapissent lintérieur de ces gaines et articulations. Cette hyperproduction est la conséquence dune irritation, par exemple suite à une surcharge de travail, à une souris articulaire (fragment dos libre dans larticulation) ou à des défauts daplomb. Ensuite différentes manipulations sont réalisées pour mettre sous tension les ligaments, les capsules et les tendons. Il faut alors pouvoir évaluer la réaction du cheval. Il est souvent nécessaire de répéter plusieurs fois les manipulations, car certains chevaux réagissent sans quil ny ait forcément de la douleur. Le cheval rétif finit par shabituer aux contraintes et ne réagit plus, tandis que un cheval présentant une douleur continue à répondre positivement aux stimulations imposées par le vétérinaire. Les os sésamoïdes, les branches dinsertion du ligament suspenseur du boulet sont aussi examinés. Le métacarpe et le métatarse (le canon). Dans cette région on peut palper des suros et des gonflement dans la région des tendons (face postérieure de los du canon). Le canon comprend trois os : le métacarpien ou tarsien principal et deux petits métacarpiens ou tarsiens rudimentaires de part et dautre du principal. Quatre structures anatomiques capitales parcourent la face postérieure des métacarpiens et des métatarsiens. Par ordre de succession derrière los du canon, nous avons : le ligament suspenseur du boulet qui descend de la face postérieur du dernier étage des os du carpe (genou) et de lextrémité proximale de los du canon et va sinsérer au niveau du boulet par quatre branches : deux plus fortes sur les deux os grands sésamoïdes et deux autres branches qui passent latéralement et médialement au boulet pour rejoindre le tendon de lextenseur dorsal des phalanges. Son rôle comme son nom lindique est dempêcher le boulet de descendre sur le sol, mais aussi de tirer le carpe vers larrière. Ensuite, vient la bride carpienne du perforant qui descend du ligament commun postérieur du carpe et qui rejoint le perforant à mi-hauteur de los du canon. Enfin, ce sont les tendons fléchisseurs profond et superficiel décrits plus haut. Ces éléments anatomiques sont plus facilement palpés lorsque le membre est soulevé, mais la palpation à lappui est aussi réalisée et intéressante pour évaluer les tensions qui règnent dans ces structures. Cette palpation sera minutieuse et réalisée structure après structure à la recherche de toutes déformations et/ou douleurs. Dans les conditions normales chacun de ces tendons et ligaments est individualisables. Les affections les plus souvent rencontrées dans cette région mises à part les plaies, sont les tendinites, les desmites du ligament suspenseur du boulet et les suros. Il nest pas rare non plus dobserver des fractures des métacarpiens rudimentaires suite à un traumatisme ou parfois à une desmite du ligament suspenseur du boulet de grade avancé. Le carpe, le coude et lépaule. Le carpe est aussi appelé le genou en extérieur du cheval. Le vétérinaire sera attentif à tout gonflement de sa face antérieure et postérieure. Au niveau de la face antérieure, on trouve les gaines synoviales des tendons extenseurs. A la face postérieure se trouve le récessus de la synoviale radio-carpienne (extension de la capsule articulaire) et la gaine carpienne qui permet le passage des tendons perforé et perforant. Sur la face antérieure on peut observer des hématomes, des séromes ou des hygroma chroniques (gonflement dune bourse synoviale suite à des traumas répétés). Ces affections concernent les tissus mous qui entourent le carpe. Lexaminateur évalue le degré de distension des synoviales de la face palmaire du genou. On peut rencontrer des fractures de los pisiforme (os de la première rangée), la région postéro-externe est dans ce cas très douloureuse et enflée. Le carpe est notamment soumis à des mouvements de flexion et dextension en vue de rechercher une douleur et/ou une crépitation (sensation et bruit observés en cas de fracture). Le coude et lépaule sont plus rarement sujet à des problèmes mais il ne faut pas en négliger lexamen dans les cas ou aucune lésion inférieure nest diagnostiquée. Le coude peut présenter un gonflement au niveau de sa pointe (olécrane) appelé : hygroma du coude ou " la loupe " en extérieur. On notera les atrophies musculaires au niveau de lépaule et on en palpera antérieurement la gouttière bicipitale dans laquelle passe le tendon du muscle biceps siège de certains problèmes. Ces articulations sont soumises à des mouvements de flexion et dextension pour mettre en évidence des anomalies. Le tarse ou jarret. Le tarse est constitué de plusieurs petits os dont le talus et la calcanéum sont les plus importants en ce qui concerne la mobilisation de larticulation. Ils forment le premier étage des os du tarse. Les affections les plus fréquentes sont les remaniements osseux (arthrose) et lostéochondrose disséquante (OCD). LOCD est une maladie du cheval principalement en croissance qui peut affecter plusieurs articulations dont le jarret, lépaule, le boulet et le grasset. Elle consiste en une dégénérescence du cartilage articulaire. Un gonflement dépressible face médiodorsale du jarret correspond à une distension du récessus dorsal de la synoviale tarso-crurale (extension de la capsule articulaire), on lappelle plus communément " la fontaine ". Lorsque ce récessus est distendu on dit que la fontaine est remplie. Cette distension peut-être en relation avec différentes pathologies articulaires : OCD, synovite, arthrite. Dans les creux du jarret médial et latéral se trouvent respectivement les récessus plantaire médial et latéral de la synoviale tarso-crurale. Une distension de ces derniers est facilement visibles. Laugmentation en volume de ces récessus correspond au vessigons du jarret. Un gonflement dur au niveau de la face interne correspond à un remaniement osseux qui dans les cas les plus avancés aboutit à larthrodèse de larticulation, cest à dire la soudure complète entre les surfaces articulaires. Cette pathologie est communément appelée éparvin osseux. Le même phénomène peut avoir lieu à la face externe on parle dans ce cas de jarde ou de jardon. La corde du jarret passe à la face postérieure du tarse et sattache sur la pointe du calcanéum (= pointe du jarret). Cette corde est constituée par le tendon du muscle fléchisseur superficiel, le tendon des muscles gastrocnémiens et le petit tendon du muscle soléaire. Elle correspond au tendon dAchille chez lhomme. Son rôle est important chez le cheval. Si elle est déchirée ou rompue le cheval devient plantigrade comme lhomme et non plus digitigrade. Cest à dire que le jarret ne sait plus rester en extension, dès que le cheval veut prendre appuis sur son membre le canon et le jarret descendent vers le sol. Le jarret peut présenter un hygroma au niveau de sa pointe, ce phénomène est communément appelé " le capelet ". Le grasset, la cuisse et la hanche. Larticulation du grasset est constituée par les condyles et la trochlée du fémur, la rotule, les deux ménisques et le plateau tibial. La rotule est fixée sur le tibia grâce aux trois ligaments rotuliens. Ces ligaments sont facilement palpés et peuvent être le siège dune douleur. On vérifie lintégrité de la rotule. Elle peut être fracturée, luxée ou accrochée. Laccrochement de rotule se produit quand la lèvre médiale de la trochlée fémorale est prise entre les ligaments rotuliens médial et médian. Le cheval ne sait plus fléchir le grasset et le jarret et se tient avec le membre tendu vers larrière. Le grasset est un site dOCD non négligeable, dans ce cas on peut palper une distension de larticulation. Le fémur et la hanche sont moins facilement palpable et manipulable vu la grosse masse musculaire qui les entourent. On peut observer des atrophies musculaires ou des asymétries entre les os du bassin. Par fouiller rectal on peut évaluer lintégrité des os du bassin. 3.3. Tests fonctionnels. Les tests fonctionnels ont pour objectif de mettre sous contrainte une ou plusieurs structures et den évaluer la conséquence sur le degré de boiterie. Les articulations sont soumises à des tests de flexion, dextension, dabduction et dadduction. La mise sous tension dure en général 30 à 45 secondes puis le cheval est directement mis au trot. Le vétérinaire peut ainsi évaluer sil y a ou pas aggravation de la boiterie. Ces différents tests sollicitent les ligaments, les articulations et les tendons. Un autre test beaucoup utilisé est le test du coin. Le sabot du cheval est posé sur un coin en bois, ce qui donne au pied une inclinaison modifiée par rapport au sol. Soit la pince est levée et les talons sont baissés : cest le coin antérieur, il permet de mettre sous tension le perforant et toutes les structures en contact avec lui. Soit les talons sont relevés et la pince baissée : cest le coin postérieur, il augmente la tension sur le ligament suspenseur du boulet, le perforé, lextenseur dorsal des phalanges et larticulation interphalangienne distale. Le coin peut être aussi placé latéralement ou médialement ce qui accentue les pincements au niveau des articulations et la tensions sur les ligaments collatéraux. 3.4. Anesthésies loco-régionales étagées. Elles consistent en lanesthésie de certaines régions des membres en vue de supprimer la douleur à lorigine de la boiterie. La désensibilisation est réalisée par infiltration dun anesthésique local sur le trajet des nerfs. Si le cheval na plus mal, la boiterie disparaît entièrement ou en partie. Les anesthésies sont réalisée par étages en commençant par la partie postérieure du pied qui est innervée par les nerfs digités postérieurs. Si après cette première anesthésie la boiterie persiste toujours il faut passer à létage supérieur qui est constitué par les trois nerfs digités. Ceux-ci innervent tout le pied et le paturon. Lanesthésie de létage suivant va insensibiliser tout le boulet et tout ce qui se trouve en dessous. Si on remonte encore, on anesthésie la région postérieure du canon et tout le bas du membre. Ce nest malheureusement pas si simple sur le terrain, il faut bien associer tous les éléments de lexamen. Il est possible dinjecter lanesthésique local au sein même des articulations et des gaines tendineuses. Ces anesthésies comportent des risques importants : des lésions des surfaces articulaires mais surtout des infections synoviales. Il est capital de bien désinfecter le site dinjection pour obtenir des conditions dasepsie chirurgicale. Le mois prochain, nous envisagerons la description des différentes techniques employée pour réaliser les examens complémentaires, ce qui nous permettra de répondre à la dernière question que se pose le vétérinaire quand il consulte votre cheval pour un problème de boiterie: quelle est la nature de la lésion ? Fin du deuxième chapitre. CHAPITRE TROIS : Les examens complémentaires Plan
Examens complémentaires.
Le vétérinaire a maintenant identifié le membre boiteux et la région suspecte grâce à ses observations et ses manipulations. Il doit à présent déterminer la nature de la lésion. Lévolution de la technologie en médecine vétérinaire donne un large éventail de moyens pour matérialiser les anomalies osseuses, tendineuses, ligamentaires, articulaires, musculaires et métaboliques. Tous les vétérinaires ne possèdent pas le moyen de réaliser les examens nécessaires vu l investissement et les formations supplémentaires que cela demande. Pour cette raison, il se peut que votre vétérinaire traitant vous réfère auprès dun centre plus spécialisé dans ces types dexamens. Il faut bien garder à lesprit que tous ces examens complémentaires ne sont pas significatifs sils ne sont pas précédés par un examen clinique complet. Par exemple, Wendi, une jument demi-sang de 9 ans est présentée à la consultation pour une boiterie du membre antérieur droit. Le test de flexion mettant sous contrainte les articulations interphalangiennes et le boulet, ainsi que le test du coin antérieur (voir numéro précédent) accentuent la boiterie (test positif). Une anesthésie du nerf digité postérieur est réalisée sur lantérieur droit. Cette dernière insensibilise la partie postérieure du pied cest à dire une partie de la troisième phalange, os naviculaire, le coussinet plantaire, la fourchette, les talons et le pli du paturon. Cinq minutes après lanesthésie la jument est trottée et réévaluée : la boiterie a totalement disparu. Lextrémité distale du membre est alors radiographiée. Limage montre les trois phalanges, los naviculaire et larticulation du boulet. Sur le boulet le vétérinaire constate un peu darthrose. Los naviculaire présente en son sein quelques fossettes vasculaires de diamètres augmentés. Nous sommes en face de deux lésions différentes qui chacune indépendamment de lautre peut faire boiter wendi. Quest-ce qui fait mal à wendi ? A ce stade de la consultation, lexamen clinique prend toute son importance. Tous les tests réalisés plaident en faveur dune douleur située dans la zone postérieure du pied, la lésion radiographique qui nous intéresse se situe sur los naviculaire. Wendi souffre dune maladie naviculaire et non pas de larthrose située sur le boulet. Cette dernière est bien stabilisée et ne gène pas la jument. Tous les cas ne sont malheureusement pas si simple, mais celui-ci prouve bien la nécessité dassocier les examens complémentaires à lexamen clinique. La radiographie est le moyen le plus utilisé dans les centres spécialisés et sur le terrain depuis déjà de nombreuses années. Il existe des appareils de radiographies portatifs que le vétérinaire peut emporter au cours de ses visites à domicile. Un appareil de radiographie est constitué dun tube qui émet des rayons x et dune table de commande. Différents degrés dexposition peuvent être obtenus en faisant varier les paramètres. Les paramètres qui varient sont le milliampérage, le temps dexposition et la différence de potentiel (kilovoltage). Ils sont déterminés en fonction de lépaisseur et de la nature de la région à radiographier. Les rayons x sont émis par le tube, ils traversent la région ou bien y sont arrêtés et enfin atteignent la cassette contenant le film. Le film exposé est alors développé en chambre noire. Les rayons x sont plus absorbés dans le tissus osseux que dans les tissus mous et arrivent donc en quantité moins importante sur le film quand ils ont rencontré un os. Pour cette raison los apparaît blanc sur les radios. Par contre les rayons sont très peu arrêtés dans les tissus mous et leur arrivée massive sur le film donne au reste de limage la coloration noire. Plus lexposition est forte plus la radiographie est noire. Il faut être très prudent, car lexposition massive aux rayons x peut occasionner des problèmes de santé dont les plus graves sont les cancers de la peau et les anomalies congénitales. Les enfants et les femmes enceintes sont strictement interdits dentrée dans une salle de radiographie. Les personnes soumises à lexposition des rayons doivent revêtir un tablier de plomb ainsi que des gants de plomb si leurs mains se trouvent dans le faisceau primaire. Le fait de séloigner du tube diminue fortement la dose dexposition vu que lintensité des rayons diminue en fonction du carré de la distance. Les contrôles des appareils radio. sont de plus en plus stricts en ce qui concerne la radio-protection des personnes qui les utilisent massivement. Pour ces raisons les appareils portatifs sont en voie de disparition chez les vétérinaires. Les images radiographiques permettent de visualiser lintégrité des os des membres et des articulations mais aussi la tête, les dents, le thorax (cur et poumons) et les vertèbres cervicales. Les hanches, le fémur et la colonne vertébrale thoracique et lombaire ne peuvent pas être radiographiés sur cheval debout, il est nécessaire de procéder à une anesthésie générale et de coucher le cheval. Certains appareils ne sont pas assez puissants pour percer de larges épaisseurs comme par exemple un thorax de demi-sang. Les lésions identifiées grâce à la radiographie sont les fractures, larthrose , des remaniements osseux anormaux, les capsulites chroniques, lostéochondrite disséquante (voir numéro précédent), les ostéomyélites (infection de los) et les tumeurs osseuses (rare). Il est possible de repérer les abcès de pied difficilement localisables grâce à un type de film différent qui permet de mieux voir les tissus mous. La radiographie est aussi utilisée pour réaliser des myélographies. Cet examen permet de visualiser le contour de la moelle épinière et den distinguer les endroits de compression anormaux. Pour réaliser cet examen le cheval subit une anesthésie générale puis un produit de contraste non ionisé est injecté dans le canal vertébral. Le produit de contraste arrête totalement les rayons x, ce qui donne une image très blanche sur le film. Ce même produit de contraste est utilisé pour déterminer les trajets de certaines fistules (communication dune infection avec lextérieur). La radiographie permet de poser un diagnostic de précision et détablir un pronostic en ce qui concerne les pathologies associées à une modification structurelle du squelette. Léchographie permet dexplorer ce que la radiographie ne peut révéler. Les tendons, les ligaments, les muscles, les capsules articulaires, lespace articulaire et les gaines tendineuses peuvent être ainsi évalués à leur tour. Une autre différence avec la radiographie est quelle ne présente aucun danger pour les observateurs. Limage échographique est produite grâce à une sonde qui émet des ultrasons. Ceux-ci sont réfléchis quand ils arrivent sur les interfaces des tissus (limites virtuelles entre deux milieux). En passant dun milieu A dans un milieu B, les ondes ultrasoniques sont réfléchies, réfractées, absorbées ou encore difractées. Certaines retournent alors vers la sonde à des vitesses différentes suivant le milieu rencontré et par conséquent suivant la distance parcourue dans la région échographiée. Au cours de leur parcourt elles perdent une certaine quantité dénergie. Elles sont enfin détectées par une multitude de cristaux, converties en énergie électrique (flux délectrons) et affichées sur un écran. Par exemple, les liquides apparaissent noirs sur lécran car ils ne renvoient pas les ondes vers la sonde par contre les stuctures membranaires aux surfaces lisses réfléchissent et difractent fortement les ondes ce qui donne une image blanche, pour les autres tissus ils sont représentés par diverses variations de gris. Limage obtenue nest pas statique, le vétérinaire observe la structure échographiée sous tous ses angles. Les mouvements de liquide sont notamment perceptibles. Léchographie est un très bon moyen pour diagnostiquer les lésions de tendinite, de ténosynovite (inflammation des gaines tendineuses) et de desmite (inflammation des ligaments). On peut notamment explorer les éléments anatomiques intra-articulaires comme par exemple : la capsule articulaire , la membrane synoviale (produit la synovie) et le cartilage articulaire. Depuis une vingtaine dannées la scintigraphie est utilisée en médecine équine pour le diagnostic des boiteries complexes dorigine ostéoarticulaire. Elle est utilisée en dernier recourt lorsque la radiographie et léchographie nont pu mettre en évidence une lésion significative. Limage obtenue après scintigraphie peut déceler des zones où le métabolisme osseux est augmenté sans que la lésion osseuse irréversible ne soit déjà visualisable avec une radiographie. En plus, elle permet de détecter des lésions situées au niveau du bassin et du dos où les masses musculaires importantes contrarient lexamen clinique et radiographique. La scintigraphie utilise un produit radioactif (Technetium 99m) lié à un traceur ostéotrope (affinité pour les sels de calcium constituant la trame osseuse de los). Le tout est injecté avec précaution par voie intraveineuse grâce à un cathéter préalablement placé dans la veine jugulaire. Le technetium et son traceur vont se fixer dans la matrice osseuse. Lorsque le métabolisme osseux est augmenté en un endroit, le produit radioactif sy fixe en plus grande quantité, ce qui traduit en général une pathologie. Après un temps dattente de plus ou moins deux heures la répartition du marqueur est enregistrée grâce à une gamma-caméra et visualisée sur un écran par lintermédiaire dun système informatique. Comme pour la radiographie, lutilisation de la scintigraphie ne supprime pas limportance de lexamen clinique. Celui-ci aide beaucoup pour linterprétation du scintigramme. De plus, il permet de restreindre la zone à examiner et donc de diminuer la durée de lexamen et de lexposition du personnel. Vu que cet examen utilise la radioactivité il nest pas sans risque pour les opérateurs. Ceux-ci doivent porter un tablier de plomb, des gants et un dosimètre (permet de totaliser la dose de radioactivité absorbée par son titulaire). Pour cet examen le cheval est tranquillisé car son immobilité est capitale pour obtenir des images de qualité. Une fois lexamen terminé le cheval doit séjourner 3 jours dans le centre pour permettre à la radioactivité de décroître suffisamment avant de rentrer à la maison. Les indications générales pour proposer la scintigraphie sont :
La scintigraphie se révèle donc plus sensible que la radiographie, elle fournit de plus une information dordre fonctionnel (dynamique) en rapport avec la signification clinique dune anomalie. 4. Larthroscopie. Un arthroscope est constitué dune fibre optique qui produit de la lumière. Il se présente sous forme dune grosse canule, terminée à son extrémité par un oculaire sur lequel une caméra peut être branchée. Limage est observée sur un écran de télévision. Cette technique permet dévaluer en direct se qui se passe dans les articulations (arthroscopie) ou dans les gaines tendineuses (ténoscopie). Lavantage de larthroscopie est quelle permet dobserver larticulation désirée en réalisant une petite incision de quelques centimètres au niveau dun récessus (extension des synoviales articulaires et tendineuses visibles et palpables sous la peau). Il nest plus nécessaire de pratiquer une arthrotomie (large incision dans la capsule articulaire et exploration de son intérieur à lil nu). Non seulement elle est un moyen de diagnostic mais elle est aussi un moyen thérapeutique. Par exemple, il est possible dextraire une souris articulaire présente dans larticulation ou encore de cureter des lésions du cartilage. Cette technique permet notamment dintervenir sur les problèmes de membrane synoviale et de flusher (drainer) larticulation avec du liquide physiologique associé ou non à un antibiotique pour la débarrasser des débris gênants. Le cheval doit être sous anesthésie générale et est mis sous antibiotique et anti-inflammatoire afin déviter toutes complications au niveau articulaire. Même si lopération est réalisée le plus stérilement possible, lentrée de larthroscope crée une porte dentrée dans la capsule articulaire. Cette technique est très utilisée pour le traitement de lostéochondrite disséquante (voir numéro précédent). Larthroscopie fournit une information précise, elle permet dobserver ce que notre il ne peut voir au cur des articulations. 5. Examens de Laboratoires La prise de sang est très intéressante pour évaluer les boiteries dues à un problème métabolique. Les paramètres retenus sont les enzymes musculaires et en particulier les CPK (créatine phosphokinase) et AST (aspartate transaminase). Par exemple, lors de myopathie induite par lexercice, le cheval se raidit, il tremble, transpire et présente une douleur plus ou moins importante de un ou plusieurs groupes musculaires. Les lésions occasionnées au niveau des muscles provoquent une libération accrue des enzymes musculaires. Ces derniers sont parfois très fortement augmentés. La ponction de larticulation ou de la gaine tendineuse suspecte permet den analyser le liquide synovial qui constitue leur environnement interne. Les paramètres retenus sont la couleur, la viscosité, la teneur en protéines et le nombre de globules blancs. La teneur normale en protéines est inférieure à 2,5 g/dl. Entre 2,5 g/dl et 4 g/dl nous sommes en présence dune inflammation sévère mais sans organismes pathogènes (bactéries). On parle alors darthrite aseptique. Au-dessus de 4 g/dl , cest larthrite septique, ce qui signifie une présence de germes pathogènes intra-articulaires. La teneur normale en globules blancs dans le liquide synovial se situe entre 87 et 167 cellules par mm3 selon les auteurs. En cas darthrite aseptique le nombre de globules blancs se place entre 5.000 et 10.000 cellules par mm3 tandis que pour les arthrites infectieuses il peut atteindre et même excéder 50.000 à 100.000 cellules par mm3. 6. Divers Beaucoup moins utilisé car plus coûteux, il est possible de réaliser des électromyographies, des scanners et des résonances magnétiques nucléaires (RMN) comme en médecine humaine.
Il existe une large gamme de moyens diagnostics en médecine équine, nous avons parcouru les plus utilisés. Il est bien entendu que suivant le cas et après un examen clinique approfondi, le patient est dirigé vers lexamen complémentaire le mieux approprié. Nous arrivons au terme de lexamen du cheval boiteux, une fois le diagnostic de certitude posé, le pronostic (devenir du cheval à long terme) et le traitement sont établis. Malheureusement, même si les pathologies sont de mieux en mieux connues et de plus en plus facilement diagnostiquées, il faut savoir que toutes les pathologies des membres ne sont pas guérissables et que le traitement de certains cas vous demandera beaucoup de vigilance et de patience.
Bibliographie. Adams Lameness in horses, Ted S. Stashak, fourth edition La scintigraphie chez le cheval : principe et applications, Pouvreau JS pour Pratique Vétérinaire Equine 1994, vol.26, n° 3 pg 187.
Dr. Cuisenaire Adeline 0032(0)60-41-24-20 |