Miel et plaie
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Cas clinique : Traitement de plaies cutanées chroniques chez un cheval avec du miel.

Par : Dr.Scohier P-E. Centre Vétérinaire des Grandes Plaines

Introduction

La cicatrisation est souvent et malheureusement plus sujette à complications chez le cheval que chez les autres espèces domestiques, particulièrement en ce qui concerne les plaies au niveau des membres. Les lacérations chroniques constituent une " vraie plaie " pour le cheval, son propriétaire et le praticien.

Complications les plus fréquentes :

  1. Formation insuffisante de tissu de granulation peut mener à deux types de complications :
bulletDéhiscence ou rupture d’une plaie : survient le plus souvent suite à une laparotomie
bulletL’ulcère est la conséquence d’une vascularisation inadéquate : survient surtout en partie distale des membres.
  1. Formation excessive d’une des composantes du processus de réparation : granulation exubérante ( fréquent au niveau des membres.)
  2. Formation d’une chéloïde dont l’origine demeure inconnue.
  3. Développement d’un sarcoïde : lésion pseudo tumorale fibroblastique ( Causes génétiques et virales)

 

Anamnèse

Buffalo, poulain pur sang arabe mâle, âgé de 5 mois est retrouvé coincé dans son boxe par son propriétaire avec des plaies au niveau des deux antérieurs, du postérieur gauche et de la tête. Les pertes de substances au niveau des membres sont telles que les sutures sont impossibles et le vétérinaire traitant opte donc pour le traitement suivant : - antibiothérapie systémique

bulletlocalement : nettoyage et désinfection puis application d’un bandage antibiotique pendant trois jours puis ensuite nettoyage quotidien et pulvérisation d’un spray, la plaie étant laissée à l’air.

Quinze jours après l’accident, le 04/01/2000, le poulain est présenté à la consultation pour complication de plaies au niveau des membres.

Examen clinique :

Tête : présence de deux plaies face inférieure de la tête au niveau de l’auge. Une de +/- 1 cm de diamètre, l’autre de +/- 4 cm de diamètre. Les plaies sont suintantes, s’en écoule un liquide de type purulent.

Antérieur gauche : en mouvement le poulain rabote

Carpe : face antérieure : plaie de +/- 5 cm sur 8 granulation à niveau, section de l’extenseur dorsal des phalanges

Canon : à mi-canon face antérieure plaie de +/- 5 cm de diamètre avec granulation exubérante, face postérieure plaie de +/- 5 cm de diamètre avec granulation exubérante.

1/3 inférieur du canon et boulet : face interne, présence d’une plaie de +/- 6cm sur 10 avec granulation exubérante.

Paturon – Pied : perte de la sensibilité

Antérieur droit : 1/3 inférieur du canon et boulet face latérale : plaie de 6 cm sur 5, granulation faible, gaine des tendons fléchisseurs visibles et ne semblant pas altérée.

Postérieur gauche : mi-canon face postérieur : plaie de +/- 10 cm sur 10 avec granulation exubérante.

 

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Carpe gauche 3 jours après admission Carpe gauche 2 mois après

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Canon gauche 3 jours après admission

Canon gauche après 2 mois

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Postérieur gauche 3 jours après admission

Postérieur gauche après 2 mois

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Antérieur droit 3 jours après admission Antérieur droit 2 mois après

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Boulet antérieur gauche 3 jours après admission Boulet antérieur gauche 2 mois après

Pronostic : au vu de l’étendue des lésions : réservé à mauvais.

Traitement instauré :

Systémique :

Antibiotiques : Pénicilline – Streptomycine ( 1*/jour 8 jours IM ) – Gentamicine ( 2*/jour 5 jours IV )

AINS : Finadyne 1*/jour 5 jours IV

Sérum antitétanique IM

Local membres : nettoyage et débridement des tissus nécrosés sous tranquilisation, désinfection des plaies avec Isobétadine dermique puis application de furacine et de bandages ( type Robert Jones ). Ce traitement sera appliqué pendant trois jours.

A partir du quatrième jour les soins se limiteront à un nettoyage des plaies avec des compresses sèches suivi de l’application de miel artisanal et de l’application d’un bandage type Robert Jones.

Local tête : nettoyage et débridement puis application d’isobétadine dermique.

Evolution : Après 11 jours d’hospitalisation et de soins locaux

Les plaies sont jugées en bonne voie de guérison

Tête : épithélialisation en bonne voie

Antérieur gauche : en mouvement le poulain rabote toujours

Carpe : face antérieure : plaie de +/- 5 cm sur 8 granulation à niveau et travées d’épithélialisation, l’extenseur dorsal des phalanges toujours visible.

Canon : à mi-canon face antérieure plaie de +/- 5 cm de diamètre avec granulation à niveau et travées d’épithélialisation, face postérieure plaie de +/- 5 cm de diamètre idem.

1/3 inférieur du canon et boulet : face interne, présence d’une plaie de +/- 6cm sur 10 avec granulation à niveau et travées d’épithélialisation.

Paturon – Pied : sensibilité restaurée

Antérieur droit : 1/3 inférieur du canon et boulet face latérale : plaie de 6 cm sur 5, granulation à niveau et épithélialisation.

Postérieur gauche : mi-canon face postérieur : plaie de +/- 10 cm sur 10 avec granulation à niveau et épithélialisation.

Le 15/01/2000 :

Le poulain rentre chez lui et le propriétaire continue le traitement local suivant : nettoyage des plaies avec compresses sèches – application de miel artisanal – Robert Jones.

Le 08/03/2000 :

Soit deux mois après l’instauration du traitement, le poulain est présenté à la consultation pour une visite de contrôle.

Tête : guérison complète, les poils ont repoussé.

Antérieur gauche : en mouvement le poulain rabote toujours

Carpe : ne subsiste q’une plaie de +/- 2 cm de diamètre

Canon : à mi-canon face antérieure subsiste une petite croûte, les poils ont repoussé, face postérieure idem.

1/3 inférieur du canon et boulet : face interne, subsiste une plaie de +/- 3 cm sur 2 contenant encore une petite zone de granulation ( 1 cm de diamètre )

Antérieur droit : petite croûte – les poils ont repoussé

Postérieur gauche : épithélialisation complète encore quelques petites croûtes, les poils n’ont pas encore repoussé.

Le traitement quotidien ( miel + bandage ) est maintenu au niveau du carpe et du boulet gauche.

Un an plus tard :

Buffalo galope – trotte sans aucune gène – Absence de boiterie et ne rabote plus.

Les séquelles encore visibles sont :

bulletPetite croûte et légère tuméfaction non douloureuse au niveau du carpe gauche
bulletAbsence de poils au niveau du postérieur gauche.

Discussion : Aspect cicatrisant du miel.

Quels sont les propriétés physiques et chimiques du miel qui favorisent la cicatrisation :

  1. Action antibactérienne :
bulletOsmolarité : les solutions de forte osmolarité comme le miel, inhibent la croissance bactérienne par captation des molécules d’eau indispensable au développement bactérien.
bulletPeroxyde d’hydrogène : les abeilles déposent dans le miel une enzyme qui génère du peroxyde d’hydrogène ( Eau oxygénée ). Si l’eau oxygénée à forte concentration provoque des destructions cellulaires, à concentration plus faible elle a un effet antibactérien. L’enzyme produisant cet H2O2 et présente dans le miel ne s’activerait que lorsque le miel est dilué et ne produirait ce Peroxyde d’hydrogène qu’en quantité très limitée pendant 24 heures. Le miel contient aussi de fortes concentrations d’antioxydants qui protègent les tissus des radicaux oxygène produits par l’eau oxygénée.
  1. Action de débridement : Cette action demeure encore en partie inexpliquée et pourrait en partie être due à la forte osmolarité du miel ou par la présence d’une enzyme type protéase.
  2. Action anti-inflammatoire : Cliniquement l’observation de cet effet se remarque par une forte diminution de l’œdème et de l’exsudation. Ces observations cliniques sont confirmées par une étude histologique expérimentale menée chez des animaux sur des plaies artificielles soignées au miel où l’on a mis en évidence très rapidement après traitement une forte diminution des cellules inflammatoires. Cette action est due à la présence en grande quantité dans le miel d’antioxydants.
  3. Stimulation de la croissance tissulaire :
bulletIl est reconnu que le peroxyde d’hydrogène stimule la croissance des fibroblastes et stimule l’angiogénèse.
bulletLe pH acide du miel ( 3-4 ) est responsable d’une acidification de la plaie qui engendre une libération accrue d’Oxygène par l’hémoglobine.
bulletSynergie entre acides aminés, vitamines, minéraux et sucre immédiatement assimilable du miel

 

Conclusion :

Voilà plus de cinq ans que j’utilise le miel pour le traitement des plaies cutanées chez le cheval avec à chaque fois une réussite totale. Que ce soit sur des plaies chroniques déjà fortement bourgeonnées ou sur des plaies fraîches le miel m’a toujours permis d’éviter d’avoir recours à la chirurgie !

Malheureusement au niveau scientifique, c’est la frustration car je ne dispose que de très peu d’information mais je suis aujourd’hui convaincu qu’une étude sérieuse menée chez le cheval pourrait ouvrir des portes thérapeutiques énormes.

Bibliographie :

  1. La cicatrisation des plaies cutanées : M-F.Perron – Lepage – Pratique vétérinaire équine – Vol.32, N°126
  2. The therapeutic use of honey : the role of honey in wound care : P .C. Molan – Update article in the journal of wound care – www.medihoney.com /the_role_of_honey_in_wound_care.htm
  3. The use of honey in healing a recalcitrant surgical wound : R.A. Cooper, P.C. Molan, L. Krisshnamoorthy, K.G. Harding – www.manukahoney.co.uk /article3.htm

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